Larbins_Point_Com_07012012.jpgLES AMÉRICAINS RÉDUISENT L’EMPLOI EN CONFETTIS
Louise Couvelaire
Samedi 17 et dimanche 18 décembre 2011 | Le magazine du Monde | page 40
Cet article et l'exploration des sites Internet des sociétés citées m'ont inspiré le billet suivant.


SUR UN AIR DE MUSIQUE TROPICALE ET CHALOUPÉE, Bernard Lavilliers chante : « Il faut que tu bosses pour la survie ─ le cash / Bosse ─ pour faire partie du staff ». C’est la dure réalité de millions de chômeurs un peu partout sur la planète. Pas de panique, nous dit un article paru dans Le magazine du Monde Les Américains réduisent l’emploi en confettis (17 et 18 décembre 2011) ! Selon la journaliste Louise Couvelaire, venue des États-Unis d’Amérique du Nord portée par les alizés de l’Atlantique nous arrive l’emploi du 3ème type. Le « larbin express ».

Il est proche de chez vous. Sans travail, il a besoin d’argent pour vivre. Poli, souriant, bien portant et bien formé, propre sur lui, habile de ses mains… il est disponible. Vous relevez de la catégorie socioprofessionnelle favorisée. Vous passez votre vie au travail et vous manquez de temps pour vous occuper de vos enfants ou de votre chien. Vous avez horreur de faire les courses. Les tâches ménagères vous ennuient. Vous êtes nul en bricolage ou en jardinage. Etc. Pour quelques billets vous pouvez vous le payer. Pour cela, il vous suffit de passer par des plateformes Internet comme TaskRabbit et autres Zaarly. Ces entremetteuses s’occupent de tout. Elles racolent « la perle rare » pour vous. La sélectionnent, la testent, fixent le prix de la passe et prélèvent leurs commissions une fois l’acte consommé. Ça marche aussi pour les grandes firmes reines de la flexibilité en tout genre.

TaskRabbit_12012012.jpgLe « larbin express » est une réponse à l’emploi merveilleuse. Elle est créatrice de valeur. Elle est intelligente. Elle ouvre de nouveaux horizons. Un poste d’ingénieur informaticien perdu en novembre, pourrait en février vous permettre d’initier deux heures durant grand-mère aux joies de l’ordinateur. Un psychologue du travail sur le carreau qui réussirait à aider une jeune étudiante à trouver un stage gratuit en entreprise en moins de 48 heures gagnerait son repas du soir. L’imagination est en marche, la créativité à son comble. Les empêcheurs-de-voir-la-vie-en-rose diront que le problème de l’emploi lié à la place des chômeurs dans la société mériterait une approche plus sérieuse, moins culpabilisante. Mais nous avons changé d’époque. Aujourd’hui, tout ce qui était vrai jadis au boulot est devenu inutile puisque désormais comme pour la vie, la santé ou l’amour la précarité s’installe partout. Du jour au lendemain tout peut s’arrêter.

Le travail doit aujourd’hui répondre aux nouvelles réalités d’un monde toujours en mouvement. Il doit devenir précaire. Pour en avoir, il faut se lever tôt. Être prêt à tout, même à se faire licencier pour sauver sa boîte et les bénéfices des actionnaires. Si un chef voit son service fermer et qu’on lui propose une place d’homme à tout faire, il doit l’accepter. Il faut retirer les allocations et tous les services qui jadis faisaient la réputation de la protection sociale française. L’État Providence a vécu, vive l’État abstinence. Il faut encourager le chômeur à travailler à n’importe quel prix, à ne pas se poser de question sur sa façon de se protéger dans la vie. Il faut juste lui proposer de prendre des risques afin qu’il entreprenne, afin qu’il s’éclate car le monde c’est rien qu’un grand Monopoly. La vie c’est rien qu’un commerce. On est prêt à saisir toutes les opportunités.

Zaarly_Bis_12012012.jpgOn se vend comme de la limonade. On travaille tous les jours de la semaine, dimanche compris. On oublie tout le reste. On ne perd plus son temps à vouloir être un citoyen éclairé, au contraire, on devient un temps de cerveau disponible pour la publicité. On n’a plus besoin d’être à l’écoute de soi-même. On se perd dans la grande folie, le grand tourbillon du libéralisme. On travaille plus longtemps, on gagne moins, on oublie les 35 heures, les congés payés, la retraite et on vote pour celui qui raconte la plus jolie histoire aux prochaines élections. Oui la proposition des TaskRabbit et autres Zaarly est brillante. La preuve. Les grands journaux américains en parlent. Bien sûr quand on se souvient de la façon dont les chômeurs se vautrent dans l’oisiveté tant qu’ils touchent des indemnités, on peut craindre qu’aussitôt le robinet coupé ils retomberont sur terre.

Et si comme le dit un vieux dicton français : « la faim fait sortit le loup du bois », ils se proposeront à nouveau à la grande braderie de l’emploi où ils joueront des coudes pour en décrocher un. Même une toute petite rondelle de quelque chose à faire pour gagner quatre sous. Tant mieux. TaskRabbit et autres Zaarly, ces entremetteuses sans vergogne qui font le pari de s’enrichir sur la misère du monde seront là pour leur proposer de devenir des « larbins-express ».

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