En France, un contrôle surprise tourne au burlesque
Emmanuel Grasland
vendredi 2 et samedi 3 décembre 2011
Les Échos | Rubrique INDUSTRIE | Édition papier | page 21


Controle_Nucleaire_07122011.jpgENTRE LA CATASTROPHE HUMAINE ET ÉCOLOGIQUE de Fukushima et le débat sur la production d’énergie en France, la sûreté nucléaire s’invite dans les médias et dans la campagne présidentielle. L’atome serait indispensable et les centrales sous contrôle, nous dit-on. Pourtant, le mercredi 30 novembre, « En France, un contrôle surprise tourne au burlesque » (Les Échos vendredi 2 et samedi 3 décembre 2011).

Comme le relate Emmanuel Grasland, l’opération du nom de code « Soirée Opéra » « est une première pour les députés français. » « Deux membres de l’Office parlementaire sur l’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), accompagnés de membres de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) », ont débarqué sans crier gare « dans deux centrales d’EDF ». Au Blayais (Gironde), il s’agissait pour les uns « de vérifier la capacité du site à faire face à des inondations », pour les autres à Paluel (Seine-Maritime) de « mener un exercice « post Fukushima » ».

Et « si les contrôles ont été satisfaisants au Blayais, les choses ont vite tourné au burlesque à Paluel ». Sur place vers 19 h 30 « les équipes de l’Opecst et de l’ASN ont simulé une perte d’alimentation électrique du système de refroidissement de la tranche numéro 1 » à secourir par « un branchement sur les circuits électriques de la tranche numéro 2 ».

Une procédure « exotique » qui révèle un enchaînement d’anomalies
Même si pour EDF « cette procédure est « exotique » », dixit le président de l’Opecst, Claude Birraux, « l’exercice commence à 22 h 00 ». À partir de là, et jusqu’à la fin de l’opération à 1 h 30, « les difficultés s’enchaînent ». À 23 h 30, il manque une clef pour ouvrir un panneau électrique ─ elle est « en commande » ! Plus tard, à minuit, une fois dans le local électrique de la première tranche, les équipes d’EDF constatent une anomalie, les consignes de la procédure à suivre ne sont pas celles du panneau électrique. On est dans le doute. Les contrôleurs s’interrogent. Sur le bon étiquetage des clés du panneau, ou est-on dans le local ad hoc ?, car « le local non plus n’est pas numéroté », explique Claude Birraux ». S’ensuit une série de va-et-vient entre les tranches et un constat : « les premières instructions du guide technique d’EDF sont inexactes ». À 00 h 20, de sa propre autorité, l’équipe se déplace dans la tranche numéro 3 pour poursuivre l’exercice.

À 1 heure « les choses avancent ». Mais on hésite sur certaines actions à mener sur la tranche 1 ou la 2 car le guide contient de nouvelles erreurs et autres imprécisions. Aux dires des contrôleurs d'autres actions« semblent tout bonnement inutiles ». À 1 h 30, l’exercice « post Fukushima » et sa procédure « exotique » sont enfin menés à bien. Ainsi se termine l’opération « Soirée Opéra » à Paluel.

Controle_Nucleaire_2_07122011.jpgEt Emmanuel Grasland de conclure : « Bilan : le document n’est pas « opérationnel » et l’ASN va demander à EDF de le revoir, ligne par ligne, pour ses 58 réacteurs. Pour autant, le personnel « a su se poser les bonnes questions », réussissant « à progresser dans ce guide technique qu’il n’hésitait pas lui-même à critiquer », note Claude Birraux. Bref, la sûreté du site n’est pas remise en cause, mais des améliorations restent indispensables pour être plus efficace en situation d’urgence ».

Suite à ce reportage, rappel de trois évidences
La sûreté industrielle (1) et encore plus la sûreté nucléaire demandent un engagement de longue haleine, sur plusieurs décennies.
Ce qui veut dire un budget à la hauteur des gros moyens d’intervention à mobiliser sur le plan humain, technique, technologique et logistique. La maintenance et l’entretien des locaux, équipements, installations, matériel et autres entraînent des remises en état ou à niveau, des modifications et des aménagements au fil du temps.
Ce qui veut dire une mise à jour de tous les documents (plans, processus, procédures, etc.) avec une mise en cohérence sur le terrain, accompagnée de la formation des personnels concernés par la vie de la centrale.
Tout ce travail de mise à jour et de mise en cohérence doit se faire de manière collective et coopérative entre les managers, ceux qui rédigent les procédures et définissent les protocoles d’intervention, et les personnels, ceux qui ont les mains dans le cambouis et qui sont en première ligne, en cas d’incident, d’accident ou de sinistre. Sans oublier de tester par des exercices collectifs ad hoc et réguliers les nouveaux dispositifs pour les valider et les entretenir.

C’est la condition sine qua non d’un très haut niveau d’efficacité de la sûreté nucléaire (et industrielle).

Notes


1. Un billet est en cours de préparation sur ce sujet pour aider à comprendre la différence entre la Sécurité et la Sûreté industrielle.


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