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ACQUALIN. Bonsoir Jean-Claude Bourbault (1), en dix ans Cin’Été est devenu l’évènement attendu de l’été à Val-de-Reuil. Comment est né ce projet ?

CinEte_2011_Theme_21072011.jpgJean-Claude Bourbault. Bonsoir ! D’abord un petit correctif. Il y a neuf ans que Cin’Été existe puisque c’est la dixième édition. Ça permet cette année de fêter la dixième édition et l’année prochaine les dix ans. Ce qui fait deux anniversaires à la suite. Et pour le prix d’un (rires) ! Comment est né le projet ? Il y a dix ans, le maire venait d’être élu. Nous nous connaissions, j’avais eu l’occasion de travailler avec sa mère qui était comédienne, et il m’a demandé si j’avais une idée parce que l’été était très pesant à Val-de-Reuil. Il se passait peu de choses. Alors j’ai réfléchi. J’ai cherché. Moi je ne suis pas animateur, je n’y connais rien.
La seule chose que je sais faire c’est avoir de la suite dans les idées et de penser que la culture est un des facteurs essentiels de civilisation  d’ouverture d’esprit. Et je me suis dit : « qu’est-ce qui dans mon métier, dans ma vie, depuis que j’ai débuté, qu’est-ce qui est intéressant ? » Évidement le théâtre ! Mais le théâtre ça coûte cher parce que ce sont des gens sur place pendant longtemps. Et j’en suis arrivé comme ça au cinéma qui avait le mérite d’être sensiblement moins cher que du théâtre. L’idée est de faire découvrir tous les métiers du cinéma. Tout comme quand on fait quelque chose sur le théâtre il faut faire participer les gens. Là, l’idée est de faire participer tous les gens pour que pendant l’été à la fois on s’amuse et on apprend des choses. Et en même temps on vit. Voilà, c’est né comme ça !

CinEte_2011_JCB_21072011.jpgA. Les jeunes et les moins jeunes sont impliqués de différentes manières dans ce festival, ce qui contribue tous les jours à l’animation de Cin’Été. On découvre ainsi l’art du cinéma et tous ses métiers : la création et la fabrication d’un court métrage. Comment tout ça se passe ?

JC.B. Il y a deux temps. La journée où on fait la découverte des métiers du cinéma et le soir où on a le point final, l’aboutissement de ce qu’est la mise en œuvre de tous ces métiers. C’est-à-dire un film. Avec aussi une cabine de projection, un projectionniste, etc. Car on projette, on passe le film en 35 mm dans un environnement réellement professionnel. Au cœur d’un vrai village pour qu’il y ait un véritable, comment dire… jeu. Quelque chose, un échange, que les gens se sentent vraiment chez eux. Et du coup, les ateliers, les enfants qui participent aux ateliers deviennent de plus en plus présents et de plus en plus nombreux. Et ceux-là prennent une part active le soir aussi. De temps en temps, ils présentent des films. Ils ont vu aujourd’hui le film de dimanche soir. Ils ont écrit leurs critiques et ils vont présenter le film aux spectateurs, ce dimanche-là. C’est donc un tout. Maintenant, il est impossible de dire Cin’Été c’est le soir. C’est toute la journée, tout l’été ! Ça commence au début des vacances. Et là où je suis ému, c’est de voir, ce premier jour, sans qu’on porte sur la place publique qu’on va commencer les ateliers, tant de gosses, plutôt que d’aller à la piscine, venir faire du cinéma. Ça, c’est formidable !

A. Quel est le programme de cette année, de Cin’Été 2011 ?

CinEte_2011_Extrait1_21072011.jpgJC.B. Cette année on fête les 1 100 ans de la Normandie et il fallait que je sacrifie à la règle pour que le festival soit inscrit dans les manifestations culturelles. Et puis c’est normal, Val-de-Reuil est une ville jeune. Une des plus jeunes villes de France ! C’est une porte ouverte sur le monde de demain. Pour la Normandie c’est assez amusant de fêter sa naissance, et de se dire à Val-de-Reuil comment peut-on célébrer sa naissance ? J’ai saisi l’occasion avec Cin’Été. Je me suis dit : « il faut absolument que Cin’Été soit dedans ». Tout bêtement parce que le cinéma est aussi un art jeune. (1ère coupure. Dans les enceintes explose les premières notes de la chanson Sous le soleil exactement. J’enfonce la touche arrêt du magnéto. J-C Bourbault me dit : « cette fois-ci c’est très court. C’est le 1er appel aux spectateurs. La musique s’arrête, on reprend l’interview.) Il a 110 ans à peu près. À partir du moment où on était dans cette dynamique d’art jeune, il fallait que je trouve un thème. Car chaque année il y a un thème « philosophique » qui permet aux jeunes (2), qui sont ceux qui font la programmation, de parler aux adultes par l’intermédiaire des films. Il fallait que je leur en donne les moyens. On est parti sur la découverte du monde rêvé, du monde auquel on aspire. Et j’ai trouvé un titre qui s’appelle « À Val-de-Reuil, le 7ème art gonfle ses voiles ─ référence aux drakkars et à l’écran gonflé tous les soirs ─ et vous transporte au carrefour de vos rêves… » Et dans le monde auquel on aspire. Voilà comment ça c’est mis en route avec Les Vikings en ouverture et Vic le Viking en quasi clôture. En fait, on termine par un film qui est un monde auquel vraiment tout le monde aspire. En tout cas, je crois un peu partout.
C’est Invictus avec Nelson Mandela et sa nation multicolore où Blancs et Noirs, divisés pendant tant d’années, se réunissent autour du rugby, autour d’un évènement culturel. Mais ils se réunissent aussi pour fêter l’Afrique du Sud mixte. Et je trouve que c’est une assez belle fin.

A. En prolongeant ce que vous venez de dire, quel lien culturel peut-on faire entre le film projeté hier soir (jeudi 14 juillet) Les Vikings de Richard Fletcher, Easy Rider de Dennis Hopper et Peter Fonda et Invictus de Clint Eastwood qui clôture les 33 projections de Cin’Été 2011 ?

CinEte_2011_Extrait2_21072011.jpgJC.B. Les liens sont à la fois subtils et évidents. Les Vikings, c’est l’histoire de deux frères, dont un est né d’un viol, mais deux frères qui s’ignorent. L’un est esclave, l’autre est chef viking, guerrier… et pour l’amour d’une femme ils vont se combattre. Ils se combattaient déjà. Les problèmes de classe les séparaient, et quand le plus féroce, le plus ignoble va découvrir qu’il est peut être le frère de l’autre, il va faillir. Au moment où il pourrait le tuer, il ne le tue pas et il va mourir par la main de l’autre. Mais il y a un très joli moment. Les Vikings ne peuvent mourir que l’épée à la main et il lui donne la sienne au risque d’être lui-même tué à ce moment-là. Donc, il y a le côté découverte des choses, de l’amour qui nuit et cette espèce de « mixité ». Attention ! Les Vikings, il ne faut pas trop leur en demander quand même. Ensuite Easy Rider c’est la route, la découverte d’un au-delà. C’est un monde autre, typique des années 1968. Typique d’un refus de la société, etc. Et Invictus… on vient d’en parler. Il y a un lien entre ces films à travers la programmation. Il y a quelques films purement fantaisistes, mais quand même si on croche, si on pioche, on trouve des liens. Il y a des films formidables comme Benda Bilili, par exemple. C’est un documentaire qui raconte tout ce que l’on vient de dire. Comment des gens différents dans tous les sens du terme, ils sont paralysés. Ils sont Noirs. Ils chantent… et comment tout à coup tout le monde va les accueillir. Comment tout le monde va les emporter parce qu’ils ont une mentalité formidable. C’est exceptionnel !

A. Pour inciter les gens au-delà de Val-de-Reuil à venir par tous les moyens à pied, à vélo, en péniche… décrivez-nous une soirée Cin’Été ?

JC.B. Ils peuvent même venir en train…

A. Aussi en train (rires)…

JC.B. Et en voiture. Car contrairement à la légende les voitures ne brûlent pas à Val-de-Reuil ! Ils peuvent venir sans complexe même de loin. Et pourquoi ne viendraient-ils pas ?

A. Pardon de vous couper, mais c’est parce qu’il y a le tapis rouge, les sunlights et vous jouez les M. Loyal… et que ça vaut le déplacement !

CinEte_2011_QQOC_2_21072011.jpgJC.B. Ce serait dommage de s’en priver (rires) ! En fait, on arrive, on vous offre un thé, un café, un soda, un rafraichissement… Pourquoi ? C’est le côté convivial. C’est le côté « tu viens, tu es chez toi. Ici, tu es chez toi. » On a créé un mini village avec des barrières symboliques. On peut les traverser facilement mais, en même temps, elles sont respectées. Assez curieusement, dans cette ville où soi-disant c’est l’effervescence, on peut constater que rien ne bouge. Après, il y a le cérémonial.
Tout à coup on est dans un festival. Et il faut que ce festival EXISTE dans l’esprit des gens même si c’est un festival de films populaires avec parfois des films un « poil » plus ambitieux. Bien sûr, il y a le tapis rouge, clin d’œil à Cannes. Moi, ce que j’aime dans cette image, c’est ce côté ludique et en même temps culturel. Ce n’est pas de l’animation.
Très souvent, on me dit : « pourquoi pas tel film ou tel film ». Non ! Il y a un thème. On le décline, on respecte la nature de la réflexion. On en parle tous les soirs. Tous les soirs on parle de ce pourquoi le film est là. Pourquoi il existe dans la programmation et les gens, avec les petits jeux qui sont faits, on s’aperçoit qu’ils suivent bien. On s’aperçoit que les gens adhérent et pendant… (deuxième coupure avec le passage de toute l’intro de la chanson Sous le soleil exactement. J’arrête le magnéto. Autour la tension monte. J-C Bourbault en profite pour saluer des arrivants. La musique s’arrête, on reprend l’interview.) Ce que je trouve formidable, c’est qu’il y a une espèce communion d’esprit qui se crée pendant 30 jours. Où des gens qui ne se connaissent pas se mettent à se parler. De nouveaux arrivants, d’un seul coup, en découvrent d’autres. Pendant trente jours il y a une convivialité intellectuelle et physique qui se crée sur ce lieu.
C’est vraiment un lieu de festival. Les gens viennent découvrir ou redécouvrir des films. Il y a en beaucoup qui disent « celui-là, je l’ai déjà vu mais je reviens le voir parce que ce n’est pas pareil que sur mon ordinateur ou ma télé. » Et voilà. Ça c’est formidable ! C’est découvrir ce qu’est le cinéma. Ce qu’est l’art. Ce que c’est que la culture. Ce que c’est que le 7ème art !

A. Bon, je vais vous rendre aux spectateurs dont je vais faire partie pour la suite de la soirée. Je vous remercie pour cet entretien. Longue vie et bonne route à Cin’Été !

JC.B. Et bien je suis ravi de cette rencontre. Longue vie à votre blog, bon film et à demain !

Propos entièrement recueillis le vendredi 15 juillet 2011 entre 21h30 et 22h00.


Notes


1. Comédien (au sein du Théâtre du Soleil d’Ariane Mouchkine, mais aussi sur les écrans chez Robert Guédiguian, Frédéric Schoendoerffer, Michel Deville…), il est exploitant du cinéma « Les Arcades » à Val-de-Reuil et adjoint au maire à la Culture de Val-de-Reuil. Il coordonne aussi à l’année les actions de l’association Sous le Soleil Exactement.
2. Le festival du cinéma Cin’Été est organisé à la fois par la ville de Val-de-Reuil et l’association Sous le soleil exactement (référence à la chanson de Serge Gainsbourg interprétée par Anna Karina). Ce sont les jeunes de l’association, une vingtaine d’années en moyenne, qui œuvrent à la réussite de Cin’Été. Ils font la programmation du festival, animent les ateliers de cinéma, contribuent à l’animation des soirées… sous la conduite bienveillante et professionnelle de Jean-Claude Bourbault.

Le programme complet de Cin'Été 2011

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