Premières impressions sur mon programme parisien de la 8ème Semaine pour la qualité de vie au travail
Par Pierre-Antoine GARCIA le mercredi 15 juin 2011, 16:01 - QSE - Lien permanent
DU SENS ET DE L’ÉTHIQUE AU TRAVAIL AU TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS
Nouvelle version augmentée.
Billet mis à jour le 06 juillet 2011 | à 9h44
Le sens et de l'éthique au travail s'affichent sur les sites Internet et dans beaucoup de « chartes » d'entreprises. Mais des déclarations d'intention à ce qui se fait réellement pour mieux travailler pour espérer travailler plus longtemps, la réalité est plus crue.
AUCUN DOUTE, DONNER DU SENS AU TRAVAIL S'IMPOSE. C’est en tout cas l’avis généralement partagé par les participants à la conférence nationale « Sens et éthique au travail » donnée à l’université Paris-Dauphine, le 27 mai 2011. Le problème est, selon eux, d’abord une question humaine et collective avant d’être individuel et de chiffres. En fait, il s’agirait même d’un « choix politique ». Surtout après la toute récente réforme des retraites qui a laissé des traces (des plaies ?) dans l’entreprise comme dans la société toute entière. L’idée que le sens et l’éthique au travail conditionnent l’allongement de la vie au travail semble majoritairement admise. Mais pour cela il faut peut être soigner le travail au lieu de vouloir soigner les personnes et aussi traiter les conflits au lieu de les dénier.
Le 31 mai 2011, c’est à la Maison de la RATP que s’est tenu le deuxième sujet national de la 8ème Semaine pour la Qualité de Vie au travail : « Travailler plus longtemps, dans quelles conditions ? » Cet atelier-débat s’est ouvert sur la présentation des résultats du sondage ANACT, réalisé par TNS Sofres sur « la perception qu’ont les salariés de l’allongement de la vie au travail ». Au-delà des réserves que l’on peut émettre sur les sondages en général*, l’accent a avant tout été mis sur la nécessité de développer la prévention. Autrement dit ─ de s’en préoccuper tout au long de la carrière professionnelle. Car comme l’a dit un syndicaliste de la Confédération Générale des Cadres (CGC), lors de la table ronde des partenaires sociaux, « parler aujourd’hui d’allongement de la vie au travail, c’est une blague. Tout le monde part avant ! » Finalement les questions posées par le maintien des seniors au travail valent aussi pour l’ensemble des salariés. Plus de temps disponible pour d’autres projets, de meilleures conditions de travail, une autre organisation collective du travail limitant les risques physiques et les risques dus au stress, la formation continue pour tous… Plusieurs pistes ont été évoquées, sur lesquelles les différents acteurs sont d’accord pour dire que des solutions doivent être trouvées quitte à avancer à petits pas.
La troisième étape de mon programme parisien est passée par le siège de la Banque Populaire Caisse d’Épargne pour la conférence « Quels enjeux pour le travail dans l’économie de demain ? » En s’appuyant sur les évolutions du travail depuis les années 1980, les participants ont donné divers éclairages à cette difficile question. Travailler mieux, autrement et plus longtemps est un vœu mais pas une réalité. Loin s’en faut. Aux deux extrêmes de la population salariée, les jeunes éprouvent du mal à entrer dans le monde du travail et les « vieux », les seniors, à s’y maintenir. La vitesse des changements agit comme un rouleau compresseur avec à la clé, pour les salariés, des conditions de travail de plus en plus contraintes et sous contrôle. Ce qui conduit à une usure prématurée due à la pénibilité, des formes de travail éclaté, des carrières incomplètes, des mobilités subies, pas voulues, pas anticipées. On voit même le statut de l’emploi précarisé (CDD, temps partiel, intérim, etc.) s’installer dans le droit du travail. Mais parler du travail dans l’entreprise est un sujet tabou. Au point qu’un suicide au travail est un acte pour obliger à parler du travail. Tout est donc à revoir à zéro si l’on veut un réel allongement de la vie professionnelle et des parcours professionnels. C’est aux entreprises et aux territoires d’offrir des ressources permanentes pour sécuriser les parcours professionnels. Ainsi, les expériences de gestion territoriale des emplois et des compétences Trans’Compétences à Rennes ou TransverS’AL à Mulhouse, montrent toute l’étendue du champ des possibles à explorer.
Si je résume mes premières impressions sur mon programme parisien de la 8ème Semaine pour la Qualité de Vie au travail, je dis ceci.
Aucun doute, travailler mieux, autrement et plus longtemps est un choix politique. Et, selon le commentaire du sociologue Pascal Ughetto, si je suis salarié, rendre ce choix politique crédible et concret, exige que « Je me mêle de ce qui ne me regarde pas. » L’enjeu est donc la remise en cause de l’organisation du travail et de l’organisation du pouvoir dans les entreprises. Rude épreuve.
De prochains billets reviendront plus longuement sur ces trois manifestations.
Notes
* Qui commande avec quelles intentions, questions posées, taille et représentativité de l'échantillon (ici 800 personnes), intervalle de confiance...
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