« Révolution par l’aiguille au Bangladesh », LE MONDE diplomatique
Par Pierre-Antoine GARCIA le mardi 19 avril 2011, 23:17 - QSE - Lien permanent
L’AUTRE FACE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
Les grandes marques occidentales de vêtements se gargarisent, à longueur de publicités et dans leurs rapports d’activité annuels, des actions qu’elles mènent, disent-elles, en faveur de la protection de la planète et de la responsabilité sociétale des entreprises. « Révolution par l’aiguille au Bangladesh », l’article de Yasmina Hamlawi paru dans LE MONDE diplomatique du mois d’avril 2011, bat en brèche ces beaux discours.
Recommandation de lecture pour internautes curieux
« Révolution par l’aiguille au Bangladesh » | Yasmina Hamlawi
LE MONDE diplomatique | Version papier | N° 685 | Avril 2011
AVEC « RÉVOLUTION PAR L’AIGUILLE AU BANGLADESH », la journaliste et documentariste Yasmina Hamlawi signe un long article sur les luttes des ouvriers et des ouvrières du textile pour obtenir des salaires décents. Le Bangladesh est le troisième pays fournisseur de l’Union européenne en textile d’habillement, après la Chine et le Vietnam mais devant son colossal voisin, l’Inde. Aujourd’hui, le secteur représente 13 % de son produit intérieur brut (PIB) et
80 % de ses exportations. Malgré la crise économique frappant de plein fouet d’autres pays exportateurs, le Bangladesh s’en sort grâce à un faible coût du travail. C’est pourquoi les entreprises s’y implantent.
Car comme le dit M. Zillul Hye Razi, cité dans cet article, conseiller commercial de la Commission européenne au Bangladesh « la main d’œuvre est l’une des moins chère de la planète ». Et les grandes enseignes de la distribution et de marques de textile occidentales Wal-mart, H & M, Tommy Hilfiger, GAP, Levi Strauss, Zara, Carrefour, Marks & Spencer… y ont délocalisé leur production ou passent par des intermédiaires. À Dacca, la capitale, et autour de sa ceinture industrielle, telles des fourmilières géantes, 4 000 usines de confection emploient trois millions de personnes. Plus des trois quarts sont des femmes. Elles piquent. Elles taillent. Elles cousent. Elles manutentionnent… Ce qui leur a permis de gagner leur émancipation dans une société patriarcale et musulmane, maintenant, elles dictent leurs conditions pour le mariage et s’offrent leur dot.
Le Bangladesh, ce petit pays, grand comme un confetti (144 000 km2) cumule les handicaps : densité de la population la plus élevée au monde, exode rural, explosion urbaine, cyclones sur le golfe du Bengale, grande pauvreté et insécurité. Auxquels s’ajoutent la corruption et l’incurie gouvernementale. Ainsi 40 % des Bangladais vivent sous le seuil de pauvreté ─ avec 1,25 dollar par jour.
Le Bangladesh vend un milliard de tee-shirts par an aux pays de l’Union européenne et leur exporte 85 % de ses produits textiles parce qu’il a profité d’un accès préférentiel unilatéral sans taxes. Et les bénéfices sont empochés par les entrepreneurs regroupés dans l’Association des fabricants et des exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA). Les ouvriers, eux, après un accord avec les employeurs en novembre 2010, sont les plus mal payés de toute l’Asie, 3 000 takas mensuels ─ (30 euros). En comparaison, un vietnamien gagne 75 euros et un hindou 112 euros. Depuis de longs mois, les ouvriers multiplient grèves, manifestations ou émeutes de la faim (en 2008) que les forces armées répriment à chaque fois faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Ils réclament le respect du droit du travail : journée de repos hebdomadaire, congé maternité, juste rémunération des heures de travail et des heures supplémentaires, respect des droits syndicaux…
Si au début devant le Parlement, la première ministre, Mme Hasina Wajed s’est indignée de leur salaire « insuffisant » voire « inhumain ». À la demande du patronat, elle a envoyé l’armée pour mettre fin « à l’anarchie et aux dégradations ». Car les ouvriers, mécontents de l’augmentation concédée lors de l’accord du 29 juillet 2010, refusaient de regagner leurs usines.
Il faut savoir, dit Yasmina Hamlawi, que les dirigeants des grèves ou les délégués indépendants sont arrêtés, menacés et écartés des négociations malgré la convention de 1948 sur « la liberté syndicale et la protection du droit syndical » ratifiée en 1967 par le Bangladesh. C’est le cas de Mme Mishu Moshrefa, présidente du Forum pour l’unité des travailleurs du vêtement (GWUF) et première femme à diriger une organisation de défense des ouvrières du secteur. Arrêtée en décembre 2010, le gouvernement l’accuse d’entente avec un ennemi extérieur et l’empêche de communiquer avec la presse étrangère.
La délégation européenne, par la voix de M. Hye Razi, relativise la situation « (…) Si vous appelez l’emploi de main d’œuvre bon marché de l’exploitation, et que vous voulez changer les choses, il ne faut pas perdre de vue le nombre de personnes qui pourraient en être affectées et perdre leur emploi ».
Pour limiter les éventuels aléas de production, les grandes enseignes pratiquent un sourcing (1) mortifère et en même temps, pour répondre à la pression des consommateurs occidentaux, adoptent des codes de bonne conduite. Que les ouvriers considèrent comme de faux-semblants comme en témoigne une femme, Reena. Sollicité par la journaliste, le délégué d’Auchan Textile au Bangladesh s’est dérobé à ses questions.
La sous-traitance en cascade est l’autre plaie qui frappe les ouvriers bangladais du textile car leur sécurité est la première à en pâtir. Chaque année, plusieurs usines, des bâtiments surpeuplés et délabrés, brûlent. Vingt-huit personnes sont mortes le 14 décembre 2010 dans l’incendie d’une usine des faubourgs de Dacca. Elle était la propriété du groupe Hameen qui sous-traite en priorité pour Carrefour et H & M. Un accident loin d’être isolé, selon Mme Carole Crabbé de Campagne Vêtements propres. Les marques, les employeurs et le gouvernement s’en rejettent mutuellement la responsabilité, rapporte la journaliste.
J'ajoute, sauf à être naïf, aveugle ou cynique pourquoi s’étonner des épouvantables conditions de travail et du misérable salaire de la peur des ouvriers bangladais du textile ?
Quand des consommateurs achètent « un sweat-shirt qui coûte 6 euros » !
Notes
1. Les commandes sont réparties selon plusieurs pays, les prix et les savoir-faire. Ainsi les grandes enseignes évitent de dépendre d’éventuels aléas de production d’un seul pays.
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Commentaires
Hello
Votre article est sélectionné. Il fait partie des 20 meilleurs billets Blogs Emplois d'Avril
Félicitations
http://www.interim-emplois.com/arti...
Mazette !
En voilà une de nouvelle. Msebastien, dans les 20 meilleurs billets Blogs Emploi du mois d'avril 2011, dites-vous.
En fait, dans le Top 5 ! Là, je sens que je vais me "la péter".
@ + Pierre-Antoine