Ce vendredi 25 mars 2011, c’est la journée mondiale de la procrastination. C’est la journée où (a priori) l’on remet tout à demain sans que personne n’y trouve quelque chose à redire. C’est la journée où tous les pécheurs seront pardonnés. Espérons-le ! Mais tant qu’à se la couler douce autant le faire avec de la musique et du cinéma.


DANS NOTRE SOCIÉTÉ CONTEMPORAINE tout doit se faire vite. Tout de suite. Là et maintenant et sans attendre. On vit à cent à l’heure le pied au taquet et malheur à celui qui lambine, qui flâne, qui rêve. Le rappel à l’ordre est immédiat. Et comment on ferait pour gagner de l’argent si tout le monde se tourne les pousses. Ceux d’en face, ils vont nous manger tout cru. Et puis ça pourrait donner des idées aux autres. Et la révolution, on ne veut pas de ça chez nous. Time is money mon gars. Aussi bouge-toi ! Sinon la file d’attente de ceux qui veulent bosser dur est longue.

Alors, ce vendredi 25 mars, si la flemme vous colle à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock, profitez-en ! Procrastinez. Remettez à demain ce qui peut se faire aujourd’hui. Laissez-vous allez. Posez les valises. Soufflez, respirez. Sans remord prenez le temps de lâcher du lest.

Par exemple en musique. À la manière d’Alain Bashung et de sa chanson Bijou, Bijou qui figure sur l'album Roulette Russe : « Bijou, Bijou / Pense à tes rendez-vous / Rappeler le gynéco, passer à la banque / Prendre des sous / Trouver quelqu’un d’autre / Moi je mets les bouts ».


Ou alors avec le cinéma et un éloge à la paresse et à la vie tout court. À la manière d’Yves Robert et de son film Alexandre le bienheureux. C’est l’un de mes films cultes.

Alexandre, allongé dans les blés observe les agités autour de lui et s’adresse à son chien :

« Bouge pas comme ça, tu me fatigues. Toujours dans mes jambes, toujours à me renifler, à pousser du museau, à faire le guet. Oui. Je bouge, tu dors couché en rond, je m'arrête pour attendre, te voila en arrêt à renifler le vent. Bouge pas comme ça, tu me fatigues, je te dis. Toi, aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu'est-ce qu'ils ont tous ?
On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. Comprends-tu ? Regarde-les, mais regarde-les donc : d'un bout du champ à l'autre, ils courent. Après quoi, je te le demande, hein ? Crevés comme moi, ils sont, le soir. Ils s'endorment fatigués et ils se réveillent plus fatigués encore. Et ça continue, et ça n'en finit pas de durer et d'être pareil.
Pfff ! Y'a un moment, je sais pas, moi, mais je sais bien que c'est pas ça, quoi. Dis-donc, chien, paraît qu'on condamne des gars aux travaux forcés. Je connais ça, les travaux forcés, pourtant j'ai rien fait, moi. Bouge pas comme ça, tu me fatigues, puis tu me rappelles quelqu'un. Dis donc, tu as déjà regardé une fleur de carotte ? Eh, tiens, bah regarde ça, ben tu vois, c'est ça la vie.
Tiens, je m'en roule une, puis je vais me la faire moi-même, puis je vais prendre le temps de me la faire, puis je vais prendre le temps de me la fumer, puis je vais prendre le temps d'en profiter, et puis je vais prendre le temps... »


alexandre le bienheureux (2) par hoel6128

Alors soyez malin, filez votre singe à quelqu’un d’autre ! Ça repose.