Marie Pezé une psy à l’écoute des salariés
Par Pierre-Antoine GARCIA le samedi 4 septembre 2010, 17:44 - QSE - Lien permanent
SANTÉ ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL ► RISQUES PSYCHOSOCIAUX
Voici un article du magazine VIVA qui donne un éclairage sur les risques psychosociaux vus par une spécialiste de la souffrance au travail, Marie Pezé.
Elle confirme les témoignages que j’ai entendu du public présent et les commentaires faits par les animateurs et animatrices de l’ARACT Haute-Normandie lors des conférences, forums, table ronde auxquels j’ai participé durant la 7ème Semaine de la qualité de vie au travail. Ce sont bien l’organisation, le management, et les conditions de travail qui portent en elles les germes des risques psychosociaux. Résultat. Mauvaise santé mentale et mal-être coûtent cher à la société. Voilà pourquoi la solution est entre les mains des patrons, chefs d’entreprise, dirigeants seuls décideurs du mode d’organisation et des objectifs de développement de l’entreprise. Car ils détiennent les cordons de la bourse pour faire.
Marie Pezé qu’on a pu entendre sur les ondes de France Inter le 26 juillet 2010 dans l’émission animée par Thomas Chauvineau Ça vous dérange dont le sujet était Existe-t-il une définition de la pénibilité au travail ? Je conseille vivement l’écoute de cette émission à tous ceux qui travaillent et animent des équipes dans le domaine de la Qualité, de la Sécurité et de l’Environnement.
À noter. Marie Pezé a subi le même sort que beaucoup de salariés qui sont passés par la consultation qu’elle a créée sur la souffrance au travail. À la fin de l’émission, elle parle en toute franchise mais sans amertume de son licenciement du Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre pour inaptitude professionnelle définitive.
À suivre l'article de VIVA.
Rendez-vous avec…
MARIE PEZÉ UNE PSY À L’ÉCOUTE DES SALARIÉS
LES TROUBLES PSYCHOSOCIAUX ET LES SUICIDES SONT LES NOUVELLES FORMES QUE PREND LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL, SELON LA PSYCHANALYSTE MARIE PEZÉ, À L’ORIGINE DE LA PREMIÈRE CONSULTATION CONSACRÉE À LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL EN FRANCE.
« VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS SUR LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL ? Il faudrait que vous assistiez à la consultation avec moi. Que vous écoutiez. » Ainsi commence le livre que Marie Pezé a publié en 2008, Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient touchés (1), et qui vient d’être réédité en poche. Au fil des pages, elle y raconte les vies cassées des salariés qu’elle reçoit depuis près de quinze ans dans la consultation « Souffrance au travail » qu’elle a mis en place à l’hôpital de Nanterre, en banlieue parisienne. La première du genre en France. Depuis, trente autres se sont ouvertes. « Mais aucun crédit spécifique ne leur est alloué, prévient d’emblée la psychanalyste. On ne veut pas entendre parler de souffrance au travail dans ce pays. Les salariés doivent tenir sans jamais se plaindre, il faut qu’ils se taisent. »
► Le management par la peur
Un déni qui se retourne souvent contre eux : les troubles psychosociaux (anxiété, stress, dépression, etc.) sont devenus le premier motif de consultation des salariés. « Les crises psychiques aiguës et les suicides sont, depuis cinq ans, les nouvelles formes de souffrance au travail toutes catégories socioprofessionnelles confondues, constate Marie Pezé. Crises de nerfs majeures, passages à l’acte violent, coups et blessures entre collègues, sabotages de l’outil de travail… On est dans l’urgence tout le temps car, quand les gens viennent nous voir, ils sont au bout du rouleau, dos au mur. La quantité de salariés qu’on empêche chaque jour de passer à l’acte est phénoménale. »
À ces salariés qui craquent, Marie Pezé fait vite comprendre que ce n’est pas leur fragilité personnelle qui est en cause, comme on essaie de le faire croire trop souvent, mais bien l’organisation et les conditions de travail. Le pire, selon elle ? Certaines méthodes de management et le productivisme. « Le cynisme et la brutalité deviennent des valeurs positives. Il n’y a aucun respect pour le travail bien fait. Il faut produire toujours plus vite. Pour accroître la cadence, la pression morale est très forte. On préfère user des ouvrière plutôt que d’acheter des machines, et les nouvelles techniques informatiques mettent les salariés dans du « très très urgent » tout le temps, sans aucune possibilité de hiérarchiser les tâches ou de prendre du recul. Du coup, ils ont la sensation de faire du sale boulot. Mais alors que la productivité horaire des salariés français est supérieure à celles des Américains, ils ne gagnent rien. Au contraire, on les pousse à la faute, on les dénigre, on les isole avec des entretiens individuels d’évaluation qui font que chacun travaille pour soi et qui sèment la rivalité entre collègues. »
► La solidarité mise à mal
Une perte de solidarité générée aussi par la peur : « Quand je demande au salarié si d’autres ont eu des difficultés avant lui, la plupart du temps il répond : "Oui, mais j’ai fermé les yeux car j’ai espéré que ça ne me toucherait pas." Tout est fait pour garder son job. Ces petites lâchetés quotidiennes minent les rapports sociaux », analyse la psychanalyste. Si désormais, la faute de l’employeur peut être reconnue dans un suicide et le harcèlement moral managérial retenu, pour Marie Pezé, l’essentiel viendra du collectif. « Les Chsct, les syndicats, les représentants du personnel sont des acteurs fondamentaux dans l’entreprise, mais il faut qu’ils soient formés à ces nouveaux risques, qu’ils connaissent les méthodologies de repérages des situations de souffrance. »
Ironie du sort, en juin dernier, Marie Pezé a été licenciée pour inaptitude. Il y a sept ans, une méchante arthrose cervicale lui a comprimé la moelle épinière au point de lui faire perdre l’usage d’un bras, du goût et de l’odorat et d’être déclarée travailleur handicapé. Sa direction n’a pas adapté son poste. « On m’a fait payer le fait d’avoir dénoncer dans un rapport l’état de souffrance du personnel soignant à l’hôpital », affirme-t-elle. Dans son prochain livre, sur les droits des salariés, qui doit sortir début 2011, Marie Pezé consacrera un chapitre à l’inaptitude. « C’est le seul moyen de sortir de l’entreprise quand on est harcelé, sinon on devient fou. »
Brigitte Bègue
VIVA, ENTRE NOUS LA VIE, le journal de ma mutuelle, n° 257, Septembre 2010, Rendez-vous avec… page 18.
www.viva.presse.fr
Lexique
ARACT : Association Régionale pour l'Amélioration des Conditions de Travail.
CHSCT : Comité d'Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail.
Notes
1. Marie Pezé, Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient touchés, Éditions Flammarion, « Champs Actuel », Paris, 2008, 7 euros.
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Commentaires
Très intéressant votre billet. Je me permets de vous suggérer quelques conférences qui touchent la problématique de la santé psy. Des extraits de vidéos des présentations du colloque de l'IRSST (Institut Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail) Santé psychologique : Des solutions pour mieux intervenir dans les milieux de travail sont en ligne : http://www.irsst.qc.ca/conference-s...
Merci Maura pour votre commentaire et les informations transmises. Voilà une nouvelle source d'informations où aller s'abreuver.
Je sais que j'ai des internautes qui visitent régulièrement ce blog depuis Québec sans commenter tel ou tel billet. Maintenant, il y en a au moins une qui a laissé une trace matérielle de sa visite.
@ + Pierre-Antoine
Je suis contente de l'avoir fait.
Merci de votre nouveau passage par ici, Maura !
J'ai commencé à explorer le site de l'IRSST : très instructif.
@ + Pierre-Antoine