LE HAVRE. LES 22, 23 et 24 JUIN DERNIER. Je suis en voyage d’affaires dans cette cité maritime et portuaire où se mêlent histoires de marins, de dockers, de métallos et du rock and roll français. Je participe à la 7ème Semaine de la qualité de vie au travail. Je loge dans un petit hôtel sympathique situé cours de la République. Entre deux rendez-vous, forums ou conférence sur des sujets très sérieux, pour me changer les idées, je visite la ville. J’en profite d’autant plus que le ciel est bleu, le soleil brille et la température est douce. Appareil photo à portée de main, je déambule, je flâne au gré de mon humeur. Et je shoote ce qui m’arrête, ce qui me surprend, ce qui me trouble.

Horloges_Temps_LeHavre_3_23062010.jpgSur l’esplanade de la gare, une sculpture métallique, ronde et dressée vers le ciel s’offre au regard du passant pressé et indifférent ; elle l’invite à s’attarder autour d’elle. Et il y a de quoi ! Sur chaque face, à différentes hauteurs, dans le métal ─ sont incrustées des horloges. Et du haut jusqu’à sa base, au ras du sol, elle est gravée de mots peints en noir. Et ces mots forment des pensées faites de dictons, d’aphorismes, de citations littéraires, de bouts de dialogues de grands films… Toutes ces pensées ouvrent les portes de la perception du temps ! Voyage en poésie et méditation sur le temps tel que nous simples mortels, nous le vivons et nous le ressentons.

Cette sculpture garde encore pour moi une part de mystère. Malgré mes recherches (toujours en cours), impossible de connaître l’artiste qui l’a réalisée et ce qui fut la source de son inspiration. Moi, dès que je l’ai vue de près, que je l’ai touchée, que j’ai découvert les textes, j’ai tout de suite pensé à un totem. Et je l’ai baptisée : Le Totem aux horloges.

Ami(e)s internautes, voici un bout de bouts de ce que l’on peut lire gravé dans l’acier du Totem aux horloges.

Bonne méditation !


LA VIE HUMAINE EST UNE ROSÉE PASSAGÈRE. La distinction entre passé, présent, futur n’est qu’une illusion même si elle est tenace. La vie d’un homme entre ciel et terre passe comme le saut d’un poulain blanc bondissant un fossé : un éclair et c’est fait. Le temps irréparable fuit. Tout passe, tout casse, tout lasse. Le temps est une invention où il n’est rien du tout. Je passe le plus clair de mon temps à l’obscurcir. J’aurais besoin, aussi je le note en passant, de participes futurs et de conditionnels. Un arc bandé dont toute disposition tend à décocher le trait. Le dernier coup abat le chêne. Tu es l’image du miroir mais l’image du miroir n’est pas toi. Si la branche vieillit tu ne pourras plus la courber. Les yeux avides ne peuvent être cousus qu’avec le fil de la mort. Ne reprend pas l’eau que tu as crachée. La mouche va si souvent au lait qu’elle y demeure. La lune est périlleuse au cinq, au quatre, six, huit et vingt.

L’homme ne fait pas avancer le temps, le temps fait avancer l’homme. L’absent s’éloigne chaque jour. La loi est de trois jours plus vieille que le monde. Le temps est a priori la forme de l’instruction de nous-mêmes. Mieux vaut un jour dans ce monde que mille dans l’autre. Le sac des désirs n’a pas de fond. À l’époque du sablier, on avait plus de temps que de nos jours, que nous voyons cerner d’horloges. Notre temps est précieux, perdons plutôt le vôtre. Ce qui me rend heureux c’est de voir c’est de voir que les hommes refusent absolument de penser la pensée de la mort. Le temps cette pure inquiétude de la vie. Il fait noir au pied du phare. Jamais figuier sans héritier. Le temps passe, le temps s’en va, dites-vous ? Mais non ! Hélas, le temps reste, nous passons. Avec patience et crachat, on fait entrer un pépin de calebasse dans le derrière d’un moustique.

Horloges_Temps_LeHavre_2_23062010.jpgQuand décroîtra la lune, ne sème chose aucune. Les feuilles qu’on foule, un train qui roule, la vie s’écoule. C’est maintenant qu’il faut boire. Veillez, car vous ne saurez ni le jour, ni l’heure. (Le temps.) Tuer ce monstre-là, n’est-ce pas l’occupation la plus ordinaire et la plus légitime de chacun ? Le futur est caché, même pour ceux qui le font. Moi qui ne suis que cendre et poussière, simple sujet privé, un prénom et un nom, je suis encore là, et je philosophe. Plaisir d’amour ne dure qu’un moment. Une heure près d’une jolie fille, cela passe comme une minute, une minute sur un poêle brûlant, cela passe comme une heure. C’est cela la relativité. C’est dans l’instant immédiat qu’il faut mettre de l’ordre en nous-même. Les bonnes résolutions sont des chèques tirés sur une banque où l’on n’a pas de compte ouvert.

Le temps s’enfuit… Où donc s’enfuirait-il ? Nous savons bien que jamais il ne cesse de couler. Mon beau navire Ô ma mémoire avons-nous assez navigué ? Pour aller à la semaine prochaine, il faut que tous les hommes et tout l’univers y aillent ensemble. Ne me demandez pas mon âge, il change tout le temps. Retenir ce qui n’est déjà plus, anticiper sur ce qui n’est pas encore… sur ce passé nous sommes appuyés, sur cet avenir nous sommes penchés. La conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. Le temps de l’homme est de l’éternité pliée. Ma mission est de tuer le temps et la sienne de me tuer à son tour. On est à l’aise entre assassins. Qui veut durer doit endurer. Tandis que la dame enfile son bas, la dame qu’elle était file. Désormais tout le monde a une montre et personne n’a le temps.

Échangez l’un contre l’autre : donnez votre montre et prenez le temps. Qu’elle heure est-il Madame Persil ? Quatre heure moins le quart Madame Placard ! Vous en êtes sûre Madame Chaussure ? Absolument, Madame Piment ! Chaque instant de la vie est un pas vers la mort. L’adolescence est le seul temps où l’on a appris quelque chose. La vie n’est qu’une ombre qui marche, un pauvre acteur qui se pavane et se trémousse une heure en scène, puis qu’on cesse d’entendre. Les enfants n’ont ni passé, ni avenir, ce qui ne nous arrive guère : ils jouissent du présent. Trois milles six cents fois par heure la seconde chuchote : souviens-toi ! Où il y a la lumière du soleil, il y a aussi ombre. On se souvient du baiser promis, on oublie les baisers reçus. Admettons qu’il ne se passe plus rien… Qu’est-ce qu’il se passe ? Rien. Rien que le temps. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y arien de nouveau sous le soleil. Vivre est une chanson dont mourir est le refrain.