QSE_Et_Evaluations_2_19052010.jpgSI L’ON EN CROIT LA RUMEUR médiatique nous sommes en situation de crise et de « guerre économique ». Selon des « pédagogues » éclairés pour s’en sortir une seule voie est possible. La compétition. La compétition où seules les performances comptent. Le monde économique a maintenant acquis une certitude « pour manager il faut mesurer » ! Et qui dit mesure dit évaluation! Évaluation qui telle un virus se propage dans l’espace public et jusqu’au plus haut niveau de l’État. Depuis 2008, le Président de la République M. Nicolas Sarkozy veut un carnet de notes pour ses ministres. Mais qu’entendons-nous au juste par évaluation ?

Qui dit évaluation dit appréciation ou action de déterminer la valeur ou l’importance d’une chose. Pour cela nous identifions. Nous analysons. Nous pesons les causes d’incertitude d’une série de résultats et nous dégageons l’intervalle de confiance lié à la valeur à prendre en compte pour un objectif défini.

En Qualité, Sécurité et Environnement, dans la pratique nous en restons en général au stade des évaluations avec estimation. L’inventaire raisonnable de tous les éléments est loin d’être correctement fait, surtout pour le côté humain. Quant aux diverses relations qui se tissent entre tous les éléments de l’évaluation elles demeurent souvent confuses et les standards de référence valables sont rares. Voilà pourquoi nous utilisons des indicateurs, parfois des indices basés sur des critères la plupart du temps subjectifs. Mais de ces indicateurs et de ces indices, il faut en tirer, d’abord des statistiques, avant d’espérer les transformer en outils de mesure.

L’évaluation, dans l’absolu, concerne tout le monde et porte sur tous les sujets et toutes les choses. On peut donc évaluer une fonction de l’entreprise ou l’entreprise entière, un service public, une tâche individuelle, un fournisseur, un produit… La qualité et la fiabilité d’une évaluation dépendent du coût de l’évaluation, qu’elle soit réalisée en interne ou par quelqu’un d’extérieur.

L’évaluation est une sorte de valse à trois temps à caractère ponctuel absolu, relatif ou continu. À titre d’exemples, pour l’absolu, on citera le permis de conduire, un test, une certification, une habilitation, etc., pour le relatif, un concours d’architectes, un appel à projets… Pour le continu, l’évolution, la tendance, passe avant la valeur absolue du genre cours boursiers, ventes mensuelles, données de santé… Ces trois types d’évaluation sont les plus fréquentes en Qualité, Sécurité et Environnement.

L’évaluation peut se faire avant, a priori, lors de la conception : études de marché, analyse de la valeur ; après, a posteriori, surtout pour définir les améliorations possibles à l’aide de « retours d’expériences » ; en négatif, sur ce qui ne doit pas se produire comme stocker des marchandises inflammables avec des marchandises comburantes (papier, carton, bois…).

L’évaluation est un sujet très sensible qui peut conduire à la manipulation. L'évaluation est aussi l’expression du pouvoir et un puissant moyen de contrôle car elle individualise les relations. Sa mise en place vient toujours d’en haut, d’une décision prise par les dirigeants et relayée par les managers sur ce qui doit être évalué et qui doit être évalué. Alors que les premiers concernés, les travailleurs, ceux qui font. Ceux qui ont les mains dans le cambouis sont exclus des débats liés à l’évaluation : ils la subissent.

Comme on le voit, en Qualité, Sécurité et Environnement faire de l’évaluation relève presque du tour de force. Et pourtant, si on garde en mémoire que tout ce qui se fait, d’une manière ou d’une autre, est le fruit d’un faire ensemble et de l’action collective, et si on s’en donne les moyens, l’évaluation acceptée de tous est possible.

Plaidons pour qu’elle devienne une pratique courante partout où l’évaluation a droit de cité.


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