Si aujourd’hui, je me livre à une tentative pour trouver le secret de ce blocage, loin de moi l’idée de te faire rire. Je tue l’espoir dans l’œuf, tout de suite. Crois-moi, c’est mieux ainsi. Car l’affaire est grave.

LA PAGE BLANCHE !... La page blanche !... J’ai le syndrome de la page blanche !... Et pour un blogueur, c’est mortel le syndrome de la page blanche !... J’ai commencé à écrire cette courte nouvelle il y a trois semaines, trois semaines que je gratte dessus et qu’est-ce que j’ai écrit depuis trois semaines ? Qu’est-ce que j’ai écrit depuis trois semaines ?

CB049541J’ai écrit : « Je suis là sous un réverbère. Les mains dans les poches de mon pantalon. Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je ne sais pas comment je suis arrivé là, enfin pas à ce moment de l’histoire. Eh ! Attendez… »

Voilà ! C’est tout ! Voilà ce que j’ai écrit en trois semaines… Tous les matins… Je me lève à l’aube. J’ai mal dormi. Je suis en vrac. Je prends un p’tit déj à-la-va-vite. Je monte dans ma caverne sous les toits. J’allume mon ordinateur portable et je relis ce que j’ai écrit :

« Je suis là sous un réverbère. Les mains dans les poches de mon pantalon. Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je ne sais pas comment je suis arrivé là, enfin pas à ce moment de l’histoire. Eh ! Attendez… »

Eh Attendez : le vide total ! Le syndrome de la page blanche me fout en l’air et me tord les tripes…
J’ai tout tenté pour repartir. J’ai tenté les « Eh ! Attendez, je suis paumé… » ; « Eh ! Attendez, s’il vous plaît… » ; « Eh ! Attendez, dites-moi… » ; « Eh ! Attendez, je suis en panne… » ; « Eh ! Attendez, j’ai besoin de… » ; « Eh ! Attendez, je recherche… » ; « Eh ! Attendez, j’ai un peu bu et… ».

J’ai même tenté de me prendre en traître. J’ai écrit : « Eh ! Attendez, je vais tout vous dire… », mais tintin, que dalle, oualou je n’ai pas écrit un seul mot sur ce je vais tout vous dire… « Eh ! Attendez, je vais tout vous dire… » paf : le syndrome !

Alors, tu sais quoi ? J’ai changé. J’ai changé le « eh ! Attendez » par « soudain ! ». Ça le fait, ça, « soudain ! ». Ça claque, ça lance bien « soudain ! ». C’est dynamique. Ça donne envie « soudain ! ».

« Je suis là sous un réverbère. Les mains dans les poches de mon pantalon. Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je ne sais pas comment je suis arrivé là, enfin pas à ce moment de l’histoire. Soudain…. « soudain deux pinceaux de lumière au bout de la rue… » ; « soudain un homme tout vêtu de noir surgit au cœur de la nuit… » ; « soudain une soucoupe volante traversa le ciel étoilé… » ; « soudain une forme informe passa… » ; « soudain les ailes d’un ange me frôlèrent… » ; « soudain dans l’immeuble en face la musique explosa… » ; « soudain un coup de feu claqua… ». J’ai tenté tous les « soudains »

J’ai même tenté les : « Alors soudain… ! » Alors soudain, nada ! nada ! nada !

Alors, j’ai débranché mon ordinateur portable. Je suis descendu au salon. Ça n’a rien changé ! J’ai pris mon cahier rouge Calligraphe n° 24, une trousse avec un stylo plume, des feutres, un stylo à bille, un crayon à papier, une gomme… Et je suis parti au bord de la rivière. J’ai pensé que la douceur bucolique m’aiderait. Mais l’aide, elle m’a laissé tomber. Comme sœur Anne, je n’ai rien vu venir. Alors j’ai pris une grande décision, j’attends !

J’attends tapi dans l’ombre de ma caverne. J’attends devant mon écran d’ordinateur. Sans toucher à rien. J’attends la nuit et je me dis :

« Je suis là sous un réverbère. Les mains dans les poches de mon pantalon. Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je ne sais pas comment je suis arrivé là, enfin pas à ce moment de l’histoire. Eh ! Attendez… attendez l’inspiration va revenir, j’aurai mis KO ce foutu syndrome de la page blanche… »

Le temps immuable passe… Les heures s’étirent lentement. Heure après heure, le jour tisse le lit de la nuit. J’y vois de moins en moins, bientôt je n’y vois plus du tout. Je suis dans le noir. Et… et je vais me coucher… et sur l’écran noir de ma nuit blanche, où je me fais mon cinéma, je tue mon syndrome de la page blanche.