Gare au soulèvement populaire !
Par Pierre-Antoine GARCIA le jeudi 11 février 2010, 20:47 - QSE - Lien permanent
SOCIÉTÉ. Avec l'escalade du chômage et de la pauvreté, il faut se préparer à une année de troubles sociaux partout dans le monde. C'est The Economist qui le dit dans un article repris dans le Hors-série n° 30 de Courrier International. Et au vu de ce qui se passe en Grèce, en Espagne, au Portugal et autres spéculations boursières, ça mérite qu'on le prenne au sérieux.
Au cours de la dernière année, la majeure partie du monde a souffert à la fois de la chute des salaires et de l’envolée du chômage. Au plus fort de la crise économique mondiale, début 2009, un avertissement saisissant est venu du directeur des renseignements américains (DNI), l’amiral Dennis Blair, qui a parlé, dans un discours devant le Sénat, des dangers liés aux conséquences politiques potentielles.
Il a déclaré que le risque d’instabilité politique provoqué par la crise était devenu « la principale préoccupation des États-Unis à court terme en matière de sécurité ». Les dirigeants du Fond Monétaire International (FMI) et des Nations unies ont eux aussi formulé des avertissements explicites quant aux risques de troubles sociaux.
Jusqu’à présent, toutefois, ces craintes ne se sont pas confirmées. Les électeurs n’ont pas votés en masse pour l’extrême gauche ou pour la droite populiste. Les victimes de la crise ont pour la plupart souffert en silence. Mais cela signifie-t-il pour autant que cette alerte n’était pas fondée ? Il est trop tôt pour l’affirmer. Certains éléments laissent penser que 2010 pourrait être une année de bouleversements. Ce n’était donc peut être que le calme avant la tempête.
En 2010, plusieurs calamités pourraient se combiner pour entraîner des bouleversements politiques : une brusque augmentation du taux de chômage, un accroissement de la pauvreté et des inégalités, une fragilisation des classes moyennes, et une hausse des prix des denrées alimentaires dans de nombreux pays. Il faudra également compter avec une cure d’austérité après les allègements fiscaux accordés en 2009.
Les réactions politiques aux souffrances économiques arrivent toujours avec un peu de retard ─ ce n’est pas nouveau. C’est aussi le cas du marché de l’emploi, ce qui explique que le chômage continue d’augmenter même après la fin de la récession. En 2010, le monde comptera 60 millions de chômeurs de plus qu’en 2008 selon les estimations de l’Unité de renseignements économiques (l’Economist Intelligence Unit (EIU)). D’après l’Organisation internationale du travail (OIT), quelques 200 millions de travailleurs risquent de venir grossir les rangs de ceux qui vivent avec moins de 2 dollars (1,30 euro) par jour.
Une baisse des salaires n’a pas toujours été suivie d’une période d’instabilité politique. La vulnérabilité à l’agitation sociale dépend d’une foule d’autres facteurs, notamment le degré d’inégalité salariale, l’état de la gouvernance, le niveau des services sociaux, les ethniques, la confiance des populations envers les institutions, l’historique des troubles sociaux dans le pays et le type de système politique (les régimes intermédiaires qui ne sont ni des démocraties consolidées ni des autocraties semblent être plus vulnérables).
Près de la moitié des pays évalués par l’Unité de renseignements économiques ─ 78 sur 166 ─ présentent un risque élevé ou très élevé de soulèvements sociaux en 2010 (22 sont dans la catégorie « à risque très élevé »). Le risque d’instabilité est considéré comme moyen pour 51 pays et comme faible pour les 37 pays restants.
Sans surprise, l’Afrique subsaharienne est bien représentée dans la première catégorie : elle compte pour environ un tiers des pays à risque élevé ou très élevé. Près du quart des pays de cette catégorie se trouvent en Europe de l’Est, la région la plus durement touchée par la crise et présentant plusieurs des caractéristiques associées à l’agitation sociale.
Un bon nombre de ces pays sont aussi situés en Amérique latine et en Asie ─ on peut notamment penser à la Chine, le plus vaste et le plus prospère des marchés émergents. Mais le problème ne concerne pas que les pays pauvres. En Europe, des manifestations populaires ont eu raison des gouvernements islandais et letton. Historiquement, la France a l’habitude de l’agitation sociale. Et, en 2010, la Grande-Bretagne court aussi ce risque. Dans le monde entier, les dirigeants seront confrontés au mécontentement des populations.
Par Laza Kekic, directeur des services de prévisions de l’Economist Intelligence Unit.
Source : Le Monde en 2010, The Economist, Courrier international, Décembre 2009-Février 2010 ─ Hors-série n° 30 ─ 7,50 € (France Métropolitaine).
Article original
International
Delayed explosion
Will 2010 be a year of social unrest?
Nov 13th 2009 | From The World in 2010 print edition

Commentaires
Bonjour Pierre Antoine,
Les révolutions commencent lorsque le peuple a faim.
L'histoire "tres lointaine le démontre", le "peuple" sait se révolter et descendre dans la rue quand il n'a plus rien...
.
Mais quant est il aujourd'hui?
Les gouvernants, tels qu'ils soient l'ont bien compris.
Ils achètent "la paix sociale" en donnant un minima de revenus , de retraite et... d'exonérations que nous payons bien sûr tous.
Et cela n'est pas fini...
Le social, c'est bien, mais au final qui règle la note?
Habitant d'une petite commune rurale, je déplore le manque de communication, de désirs, de projets futurs...c'est du "chacun pour soi" et AVE Maria...
Et si l'on discute des futures élections régionales, quel "je mens foustisme"!!! Ils n'ont pas compris que le vote, qui appartient à chacun, est encore notre liberté de penser!!! Quel dommage!!!
Conclusion:
Je ne pense pas que la "révolution" soit pour demain (en France) mais il est vrai que l'échafaut et les coupeurs de tête ont disparu!!!
Bien amicalement, Dominique
Bonsoir !
Pas de grand soir annoncé...trop d'individus repliés malgré eux sur eux-mêmes, par la peur qui leur est infligée par les politiques!
Mais aux élections régionales, pourquoi ne pas voter majoritairement blanc, pourquoi ne pas aller voter, tous, sans exception...pour faire savoir que la majorité silencieuse n'accepte plus de ne pas être écoutée et entendue, pour faire savoir qu'il est temps de remettre l'Homme au centre de l'intérêt de l'Humanité sans s'en remettre à d'autres "élus" et/ou "partenaires sociaux" qui ne représentent qu'eux-mêmes ?
C'est tout ce qui nous reste, un bulletin de vote !
Gardons le précieusement pour en faire le meilleur usage possible !
Nul besoin d'échafaud, nul besoin de coupeur de tête...un petit papier, un petit geste collectif...juste pour plonger ces caciques dans le doute abyssal qu'ils sont seuls à ignorer , le pouvoir rendant sourd et aveugle, c'est bien connu !
Après, qu'ils osent prendre leur responsabilités en avouant leur échec total, en se remettant en cause, fondamentalement !
Il n'est pas encore interdit de rêver ! j'en profite !
Bonsoir Dominique !
Content que vous passiez à nouveau par ici. La crise économique mondiale de 2009 nous touche tous de près ou de loin. Et le social, c'est ce qui permet de créer du lien social et du vivre ensemble et d'éviter de vivre dans une société brutale du chacun pour soi. Bien sûr c'est la contribution de chaque citoyen qui fabrique ce vivre ensemble et nous pouvons être fiers de participer (c'est mon cas) à la construction de lieux de savoirs (écoles, lycées, universités), culturels (bibliothèques, théâtres, musées), sportifs (stades, piscines, gymnases)...
Les projets permettent à l'Homme de rester vivant. Même si c'est difficile on peut avoir les siens en lien direct avec la cité. Exemple, ce que je fais avec le VRAC.
Après, chacun est citoyen et dispose de son libre arbitre. Et, c'est juste, c'est la somme de petites décisions individuelles qui font une grande décision collective. Souhaitons qu'elle soit la meilleure et la plus positive possible.
Amicalement.
Yves, je vais enfoncer une porte ouverte mais tant pis. C'est vrai que l'une des expressions de la citoyenneté c'est le bulletin de vote. Mais il en existe d'autres comme je l'ai dit plus haut à Dominique. Elles procurent beaucoup de joie et de bonheur autour soi et à soi-même.
De même que chacun est citoyen et dispose de son libre arbitre dans le choix de ses élus. Tout comme la somme de petites décisions individuelles font une grande décision collective. Dont on souhaite qu'elle soit la meilleure et la plus positive possible pour les populations d'ici et d'ailleurs.
@ + Pierre-Antoine