La solitude du chômeur sur la piste du boulot
Par Pierre-Antoine GARCIA le samedi 28 novembre 2009, 16:59 - Communication - Lien permanent
Beaucoup d’entre-nous connaissent ça ! Et, contrairement aux idées reçues, de l’ouvrier au cadre, on se bouge le cul, pour y échapper, pour bosser à nouveau, pour casser la croûte tous les jours.
Avouons-le, c’est un parcours semé d’embûches. Chercher du boulot, c’est un vrai bizness avec le temps et l’argent comme arbitres implacables. Il faut rester branché sur son réseau. Il faut être bien armé, solide, endurant, encouragé par ses proches et accepter l’étalage mille fois répété de son pedigree. Il faut être toujours en état d’alerte et prêt à bondir sur la moindre ouverture offerte par le marché de l’emploi (comme on dit). Le défi, c’est de conclure. De quoi passer par la palette de toutes les émotions, la peur, la colère, le plaisir, la surprise, la joie, la tristesse … car c’est loin d’être un exercice de style ludique.
On explore toutes les voies possibles avec l’espoir qu’elles ne soient pas sans issue. Tenez, depuis lundi matin, ma recherche d’emploi a pris un nouveau virage. Pendant quatre mois, comme neuf autres cadres chômeurs comme moi, me voilà parti sur le sentier de la formation (1). Et, s’il vous plaît, une fois dit le nom, ne riez pas ; accompagnement des cadres vers l’emploi PME. Une semaine est déjà passée, voici en vrac mes premières impressions.
L’équipe pédagogique semble très motivée et à l’écoute des deux femmes et huit hommes qui forment notre groupe. Pourtant, on se coltine d’abord les figures imposées. Encore se présenter. Qui suis-je ? D’où viens-je ? Encore exposer son projet professionnel. Où vais-je ? Encore entendre que « tout dépend de nous », qu’« il faut se vendre », qu’« il faut accepter de gagner moins », que « c’est comme ça, on peut pas faire autrement »… Encore subir des tests de personnalité, méthode très occidentale et cartésienne pour nous évaluer, pour nous dire vous êtes comme ceci, vous êtes comme cela. Mais là-dedans, où est notre relation avec le cosmos, la nature, le temps et nos frères en humanité ? Vivrions-nous, seul, sur une île déserte où tout dépendrait de nous seul ?
Durant ces premiers jours, j’ai découvert des femmes et des hommes (trentenaires, quinquas, quadras) ouverts, dynamiques, bourrés de talents personnels et professionnels. Mais, il y a aussi beaucoup de sensibilité et de fragilité. A l’heure, où on nous propose des caméras de vidéo surveillance pour tisser du lien social et collectif, je me dis, tous ces savoirs, toutes ces expériences de la vie laissés sur le bord de la route, quel gâchis ! Alors même que le besoin de présence et de relations humaines est criant pour lutter contre la plus grande des insécurités, l’insécurité sociale. Et je me pose des questions. Comment, une société qui se dit civilisée, peut-elle accepter que des femmes et des hommes, qu’elle a éduqués, formés, sur lesquels elle a investis, et qui ont contribué à son essor, puissent tomber dans la marge ? Comment peut-elle se priver longtemps de cette grande richesse humaine sans se désintégrer ? Comment échapper à ce cercle qui castre nos envies, nos désirs les plus intimes et profonds ?
1. De niveau licence, suivie à l'IFA Marcel Sauvage, centre de formation des apprentis et de la formation professionnelle des adultes de la Chambre de Commerce et de l'industrie de Rouen.

Commentaires
Quelle réalité ! Quel entreprise, autre que l'état, pourrait se permettre d'investir pendant 25 ans sur une personne, puis la laisser se débrouiller quelques années dans la vie, puis investir encore en formation continue complémentaire, pour ensuite abandonner cet individu. Oui, abandonner, car cet individu, comme le dit si bien Pierre-Antoine cherche une solution, investi aussi dans des démarches pour retrouver un emploi. Quelle energie gaspillée....
On parle d'économie d'énergie, mais 10% des actifs Français, même plus cherchent du travail, et gaspillent de l'énergie pour cela ! Quel gachi ! Il faut positiver, briser cette solitude du chômeur ... et valoriser nos recherches d'emploi sans pour autant prendre la place de ceux qui ont déjà un emploi. Reflexion à poursuivre...
Merci à Pierre Antoine et à André pour ces excellents commentaires du parcours du combattant...pour la recherche d'emploi; et tout le "bla bla" que cela comporte au travers des organismes que cela fait vivre pour aboutir à quoi?
J'ai bien connu ce cadre il y a maintenant plus de 10 ans.
J'avais à ce moment là 45 ans.
Des rendez vous à Paris (centre du monde!!!), à Tours, au Havre, à Dieppe... et j'en passe avec un résultat ZERO, et beaucoup de "bla bla" et de perte de temps et d'ARGENT... au moment où nous en avons de moins en moins au fil du temps.
Chaque partie se justifie: l'employeur demande aux instances un profil précis (mouton à cinq pattes?). les instances demandent à l'employeur où est l'avancée de leur demande...et les demandeurs ne se dégonflent pas pour aller à des "rendez vous" à des distances parfois importantes mais pour des enjeux possibles: retrouver un emploi, retrouver sa dignité personnelle, faire vivre sa famille. Des éléments dits "normaux" de la vie de couple, qui permettent d'avoir des projets d'avenir.
Qui est le dindon de la farce dans tout cela? Toujours le même.
Ces employeurs ne sont même pas capables, dans une très grande majorité, de nous avertir de leur décision.
"Nous vous rappelons sous huit jours, nous vous tenons au courant"!!! C'est bien sûr à nous de les rappeler...quand on peut finir par leur parler (barrages).
Question personnelle: mais suis je le seul dans ce cas? Et bien malheureusement non, notre entourage nous le rappelle ainsi que nos propres relations concernées.
Mais c'est le jeu. A qui sert il?
Quelle est la différence aujourd'hui?
Aucune et bien des choses se sont détoriorées.
Les usines de production ferment les unes après les autres qui entraînent avec elles les entreprises sous traitantes, qui entraînent avec elles les PME / TPE dont je fais parti aujourd'hui.
Ma conclusion sur le sujet:
Nos chers gouvernants et dirigeants (MEDEF) qui nous représentent, paraît il, ne veulent pas comprendre que, dans toutes les générations qui montent, les "anciens" qui maîtrisent parfaitement leur sujet sont à même de communiquer, de FORMER, d'aiguiller et de diriger des jeunes qui ont, globalement, une bonne formation théorique, mais, une fois de plus ,ont besoin d'expériences concrètes de terrain.
Nous entendons, tous les jours (radio, télé, médias...tout le monde s'y met...) certaines demandes non pouvues:
maçon, boulanger, boucher, charcutier, soudeur, couvreur, charpentier,...des métiers qui ne n'improvisent pas (risques pour certains) et surtout demandent une longue formation et l'APPUI de "maîtres" pour les former à ces métiers...
Un des meilleurs résultats de la recherche d'emploi:
Le bouche à oreille et la connaissance réciproque (professionnelle et personnelle) de chacun d'entre nous.
Bien amicalement
Dominique
@ André. Eh oui ! il en faut de l'énergie pour rester vivant, digne et debout dans ce sport de combat qu'est la recherche d'emploi. La question du chômage est une question centrale de la vie de la cité : elle donc politique et concerne tous les citoyens.
@ Dominique. Votre post donne une image juste et toujours vrai de ce que vit un chômeur aujourd'hui. Quant aux postes non pourvus (dont personne ne sait s'ils sont une réalité ou pas), au-delà de l'apprentissage et de l'acquisition d'une solide qualification que l'on soit maçon, boulanger, charcutier, soudeur... encore faudrait-il que les employeurs les rémunèrent correctement en raison des risques encourus et de l'engagement physique demandé. Tous ces métiers usent ceux qui les exercent car leurs corps est leur principal outil de travail.
Avec un grand retard, je souhaite néanmoins confier à l'auteur de ce "petit" papier, deux impressions ressenties pendant ma lecture ...
Admirative car PA, même si je le connais encore trop peu, sait toucher et éveiller les émotions chez l'autre. Profondément humaniste et empathique, il aime l'autre, il aime la vie, il aime l'humain, l'humanité (désolée si je semble me répéter !!).
J'aime donc beaucoup ce qu'il écrit. Comment il l'écrit, pourquoi il l'écrit ....
Mais au delà de ce talent à parler de l'Autre, PA renforce mon idée de lui : sensible, généreux, réveur (OH mon dieu !! merci !!) fédérateur !
Voilà, c'est juste un petit témoignange d'une personne sur la route du désert, aussi ... qui approuve et "suit" la philosophie de notre PA, partagée avec pudeur et sincérité.
Merci Annelore !!! Pour ce que tu dis, ça me touche beaucoup. Tu es trop sympa. Maintenant, je dois faire gaffe à ne pas me monter le bourrichon pour éviter un atterrissage en vrille.
Bonne nuit et à demain.
@ Pierre-Antoine
Je me permet de laisser un commentaire sur ce blog, car je suis également chercheur ... d'emploi. Depuis Juin 2009, après un accident de parcours (démission pour un autre poste qui finalement s'est soldé par un licenciement après 47 jours), je fais partie de ce que Pôle Emploi préfère oublier, les chômeurs non indemnisé. Car au delà de la problématique de trouver un job qui corresponde à son cursus (je suis commercial depuis 20 ans, donc à 38 ans, déjà trop expérimenté) il y a aussi celui de la précarité mise en place par le système? Comment voulez vous, après 6 mois sans salaire, sans indemnité, pouvoir se déplacer vers un RDV qui se trouve à près de 100 Kms, rester présentable ... et plus encore, avoir encore et toujours la motivation à trouver un emploi ?
Rien n'est idyllique dans notre société, et je reste persuadé que cela soit le gouvernement, les chefs d'entreprise et le système ai compris que pour travailler il faut des moyens.
Bonsoir Éric !
Tout comme vous je suis un chômeur non indemnisé et je suis donc très sensible à ce que vous dites. D'où la raison de mon billet. Vos remarques recoupent celles formulées par Dominique et aussi André. Je reprends aussi ce que j'ai dit plus haut. La question du chômage est au cœur de la vie de la cité : elle donc politique et concerne tous les citoyens. Et cette question du chômage pèse sur la santé mentale de la société française comme le montre le rapport sur La santé mentale, l'affaire de tous - Pour une approche cohérente de la qualité de vie (je rédige un billet de synthèse à venir sur ce rapport de 254 pages) remis à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, secrétaire d’État en charge de la Prospective et du Développement de l’Économie numérique, le 17 novembre 2009.
Dans ce genre de situation le soutien de l'entourage est capital tout comme le fait d'avoir des engagements dans la vie hors travail. Moi je suis coureur de fond (à pied) et je fais parti du comité directeur de mon club (voir mon pedigree). Il y a aussi la littérature, le cinéma, la musique et quand même beaucoup d'espoir. Il y a aussi les nouvelles relations nouées grâce à la formation que je suis : elles reboostent moralement. Le blog aussi contribue. Tout ça m'aide à tenir debout, rester vivant et digne.
Alors Éric courage ! Comme le chante Alain Souchon si : " La vie ne vaut rien" mais...
Il a tourné sa vie dans tous sens
Pour savoir si ça avait un sens
L'existence
Il a demandé leur avis
A des tas de gens ravis
Ravis ravis
De donner leur avis sur la vie
Il a traversé les vapeurs
Des derviches tourneurs
Des haschich fumeurs
Et il a dit
La vie ne vaut rien rien
La vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens tiens
Mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies
Les deux jolis petits seins de mon amie
Là je dis
Rien rien rien
Rien ne vaut la vie
Il a vu l'espace qui passe
Entre la jet set, les fastes les palaces
Et puis les techniciens de surface
D'autres espèrent dans les clochers les monastères
Voir le vieux sergent pépère
Mais ce n'est que Richard Gere
Il est entré comm' un insecte
Sur sites d'internet
Voir les gens des sectes
Et il a dit
La vie ne vaut rien rien
La vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens tiens
Mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies
Les deux jolis petits seins de mon amie
Là je dis
Rien rien rien
Rien ne vaut la vie
Il a vu manqu' d'amour, manqu' d'argent
Comm' la vie c'est détergent
Et comm' ça nettoie les gens
Il a joué jeux interdits
Pour des amis endormis
Et il a dit
La vie ne vaut rien rien
La vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens tiens
Mais moi quand je tiens
Là dans mes deux mains éblouies
Les deux jolis petits seins de mon amie
Là je dis
Rien rien rien
Rien ne vaut la vie
Merci pour ton commentaire, je viens de publier un article sur le sujet, je t'invite à le lire sur mon blog http://cialest.blog.estjob.com/
Bonne journée !
Bonsoir Éric !
Content que tu sois de nouveau de passage par ici. Je viens de répondre à ton billet sur ton blog.
@ + Pierre-Antoine
Bonsoir,
Comment ne pas être d'accord avec les observations de PAG ?
Observations bien perçues du terrain que labourent les chercheurs d'emploi actifs, blanchis sous le harnais de la solitude, du mépris, de la condescendance, de la pitié hypocrite, de l'indifférence?
Pourquoi faire de la recherche d'emploi un marché ?
C'est une preuve irréfutable de l'absence d'actions des "grands politiques", quelques soient leurs idéologies, qui sont soumis aux lois d'une économie sur laquelle ils ne veulent plus agir sauf pour en compenser modestement, mollement et démagogiquement les effets négatifs dans le seul but de se conserver un confortable pouvoir sur l'autre !
Quel serait leur intérêt à se mettre dans la peau d'un chercheur d'emploi actif ? La peur de souffrir à leur tour les paralyse ! Et puisque cette façon d'agir leur réussit, le nombre de ceux qui les envient et les imitent ne cesse de croître ! Danger !
Enfin, chacun a-t-il le droit de prendre le temps qui lui est nécessaire pour déterminer au plus près possible de ses appétances quelle nouvelle voie professionnelle emprunter sans risquer encore une fois de s'y perdre, faute de pouvoir lui donner un sens aussi enrichissant pour soi que pour l'autre ?
Ce droit ne semble pas être acquis si l'on observe le comportement de quelques uns qui sont plus aptes et plus enclins, drapés dans leurs certitudes et leurs habitudes professionnelles, à juger l'autre, à décider pour lui, qu'à l'aider à trouver cette voie...
Souhaitons nous de rester ensemble éveillés, lucides et réalistes sans pour autant perdre nos idéaux qui seuls nous permettent de traverser quelques déserts...avant de retrouver une oasis !
Bon week-end à tous !
Bonjour Yves !
Je vois que la rude matinée de travail sur tableur faite de croisées dynamiques et autres, et une après-midi de comptabilité t'ont filé une pêche d'enfer. Vu l'heure à laquelle tu postes.
Je plussoie à ta question "Pourquoi faire de la recherche d'emploi un marché ?" C'est le noeud gordien du vivre ensemble dans la cité. J'apprécie aussi beaucoup que tu utilises ce joli mot de la langue française : appétence. Il dit à merveille ce que porte chacun d'entre-nous, chômeur ou pas. Merci donc, de le sortir de l'ombre. Pour le reste, tu connais déjà mon point de vue ; les palabres sont loin d'être épuisées, j'en suis certain.
Bon week-end et à lundi (je crois savoir qu'il va y avoir du sport (clin d'oeil)).
@ + Pierre-Antoine