j0262352.jpgAvouons-le, c’est un parcours semé d’embûches. Chercher du boulot, c’est un vrai bizness avec le temps et l’argent comme arbitres implacables. Il faut rester branché sur son réseau. Il faut être bien armé, solide, endurant, encouragé par ses proches et accepter l’étalage mille fois répété de son pedigree. Il faut être toujours en état d’alerte et prêt à bondir sur la moindre ouverture offerte par le marché de l’emploi (comme on dit). Le défi, c’est de conclure. De quoi passer par la palette de toutes les émotions, la peur, la colère, le plaisir, la surprise, la joie, la tristesse … car c’est loin d’être un exercice de style ludique.

On explore toutes les voies possibles avec l’espoir qu’elles ne soient pas sans issue. Tenez, depuis lundi matin, ma recherche d’emploi a pris un nouveau virage. Pendant quatre mois, comme neuf autres cadres chômeurs comme moi, me voilà parti sur le sentier de la formation (1). Et, s’il vous plaît, une fois dit le nom, ne riez pas ; accompagnement des cadres vers l’emploi PME. Une semaine est déjà passée, voici en vrac mes premières impressions.

L’équipe pédagogique semble très motivée et à l’écoute des deux femmes et huit hommes qui forment notre groupe. Pourtant, on se coltine d’abord les figures imposées. Encore se présenter. Qui suis-je ? D’où viens-je ? Encore exposer son projet professionnel. Où vais-je ? Encore entendre que « tout dépend de nous », qu’« il faut se vendre », qu’« il faut accepter de gagner moins », que « c’est comme ça, on peut pas faire autrement »… Encore subir des tests de personnalité, méthode très occidentale et cartésienne pour nous évaluer, pour nous dire vous êtes comme ceci, vous êtes comme cela. Mais là-dedans, où est notre relation avec le cosmos, la nature, le temps et nos frères en humanité ? Vivrions-nous, seul, sur une île déserte où tout dépendrait de nous seul ?

Durant ces premiers jours, j’ai découvert des femmes et des hommes (trentenaires, quinquas, quadras) ouverts, dynamiques, bourrés de talents personnels et professionnels. Mais, il y a aussi beaucoup de sensibilité et de fragilité. A l’heure, où on nous propose des caméras de vidéo surveillance pour tisser du lien social et collectif, je me dis, tous ces savoirs, toutes ces expériences de la vie laissés sur le bord de la route, quel gâchis ! Alors même que le besoin de présence et de relations humaines est criant pour lutter contre la plus grande des insécurités, l’insécurité sociale. Et je me pose des questions. Comment, une société qui se dit civilisée, peut-elle accepter que des femmes et des hommes, qu’elle a éduqués, formés, sur lesquels elle a investis, et qui ont contribué à son essor, puissent tomber dans la marge ? Comment peut-elle se priver longtemps de cette grande richesse humaine sans se désintégrer ? Comment échapper à ce cercle qui castre nos envies, nos désirs les plus intimes et profonds ?





1. De niveau licence, suivie à l'IFA Marcel Sauvage, centre de formation des apprentis et de la formation professionnelle des adultes de la Chambre de Commerce et de l'industrie de Rouen.