Maladies d’aujourd’hui, les affections liées au travail et celles dues à l’environnement seront encore celles de demain. A moins que des mesures fortes soient prises pour limiter les dégâts.

Se tuer à la tâche
VNP01.inddLa souffrance au travail sera-t-elle le nouveau mal du siècle ? Difficile de répondre, mais le malaise est là : 24 suicides en dix-huit mois chez France Télécom, et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Car ailleurs aussi, dans les banques, les usines, les commerces… Le Conseil économique et social estime qu’un suicide par jour est lié au stress professionnel. Mais, signe que la santé au travail n’est pas une priorité en France, d’après la Caisse nationale d’assurance-maladie, seulement 49 ont été déclarés en 2008 comme ayant une cause professionnelle. Suicides et dépressions ne sont pas les seuls ravages chez les salariés. D’autres maux s’amplifient. En tête des maladies professionnelles (70 %), les atteintes périarticulaires, plus connues sous le nom de troubles musculo-squelettiques ses sont multipliées par quatre ces dix dernières années. Une violence au quotidien générée par la répétitivité des gestes, mais aussi, plusieurs études scientifiques le démontrent, par un mal-vivre au travail. « Le mal partout » – dos, genoux, coudes, cou… – témoignent de la maltraitance ordinaire des corps et des esprits, dans l’organisation du travail lui-même. Il rend malade et il empoisonne. A lui seul, l’amiante fera 100 000 morts d’ici à 2025. Emblématique, la lutte pour son élimination a marqué le XX° siècle. Cette sinistre saga est aussi révélatrice de la difficulté qu’il y a à faire émerger le douloureux problème des maladies professionnelles afin de pouvoir intervenir sur les risques.

La santé au travail est un domaine où l’on pourrait faire rapidement d’importants progrès
Les cancers professionnels, pour ne parler que de cette maladie, sont encore terriblement sous-estimés. Selon une enquête menée en 2002-2003, deux millions de salariés seraient exposés à des toxiques. Poussières de bois, silice, trichloréthylène, formaldéhydes, fibres céramiques réfractaires, etc., ne représentent que 7 % des toxiques identifiés. Pour Jean-François Certin, directeur du projet national « cancers professionnels » de la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés (Cnamts), 20 décès par jour sont attribuables aux expositions professionnelles. Chaque année, 11 000 à 23 000 nouveaux cas sont recensés, dont la moitié, d’après l’Institut national de veille sanitaire (Invs), sont mortels. Des morts largement passés sous silence. Autre ombre au tableau : les accidents du travail. Imaginons un serial-killer qui, chaque jour travaillé, tuerait plus de deux salariés. C’est ça, la mesure des accidents du travail : 569 morts en 2008. plus que le nombre de meurtres commis chaque année. Continent noir de la santé publique, la maltraitance au travail est un des grands défis du XXI° siècle.

Jacqueline Roz-Maurette





Source : VIVA Entre nous la vie, Le magazine mutualiste n°249, Novembre 2009. www.vivapresse.fr