La solitude du coureur de fond
Par Pierre-Antoine GARCIA le lundi 20 juillet 2009, 18:06 - Culture - Lien permanent
La solitude du coureur de fond est une longue nouvelle sur la réhabilitation sociale d’un jeune prolo anglais, Smith. Le directeur de maison de correction, où il séjourne pour un vol commis dans une boulangerie, veut, au nom de la société, le rendre honnête. Mais Smith a ses propres règles du jeu…
Pour François Gallix, La solitude du coureur de fond se lit « si possible d’un seul trait, mais en la dégustant par petites gorgées, un peu comme ces habitués des pubs qui savourent lentement, mais régulièrement, sans de trop longs arrêts une pinte de bitter pour bien conserver en bouche et pour longtemps toute son amertume tonique et régénératrice ». Tonique et régénératrice, elle l’est aussi pour moi.
Quand je m’agite des guibolles sur le tartan, le bitume, les chemins creux et sentiers de la forêt de Bord, en compétition, seul ou avec les potes du club. Quand on fractionne. Quand ça bagarre. Quand je suis dans le « dur », Smith est mon ange gardien. Ça va aller mon gars me souffle-t-il. Oublies que tu cours, laisses aller tes pensées et tu vas filer comme le vent. Et chaque fois, un petit miracle s’accomplit. Je passe le cap ! Alors, que vous soyez coureur à pied ou non, lisez ''La solitude du coureur de fond'' d’Alan Sillitoe comme une ode à la méditation. Puissante. Libertaire.
Petite mise en bouche.
« Dès mon arrivée à la maison de correction, ils ont fait de moi un coureur de fond. Ils ont probablement pensé que j’étais fait pour ça parce que j’étais grand et maigre pour mon âge (et j’ai pas changé), et en tous cas ça m’a pas beaucoup gêné, pour vous dire la vérité, parce que la course, ça a toujours été bien vu dans la famille, surtout quand il fallait courir avec la police aux fesses. J’ai toujours été bon à la course : bonne vitesse, bonne foulée, le seul ennui, c’est que j’ai beau courir vite et j’allais à toute blinde, vous pouvez me croire sur parole, mais ça m’a pas empêché de me faire piquer par les flics après le coup de la boulangerie ».
La solitude du coureur de fond
Alan Sillitoe
Traduit de l'anglais par François Gallix
Roman (poche). 71 pages
Editions du Seuil, novembre 1999
