Gran Torino
Par Pierre-Antoine GARCIA le lundi 20 juillet 2009, 18:48 - Culture - Lien permanent
Il y a quelques jours, à l'occasion de la Fête du Cinéma, j'ai revu Gran Torino de et avec Clint Eastwood.
Clint Eastwood a une place à part dans mon panthéon des réalisateurs de cinéma. J’aime ce type qui baptise
sa maison de production Malpaso, traduit de l’espagnol le Mauvais Pas ou encore la Prune. Il y a là, en concentré, tout l’humour, tout le paradoxe, toute l’ambiguïté, toute la complexité qui jalonne une œuvre cinématographique riche et éclectique de 30 films dont Gran Torino.
Gran Torino de et avec Clint Eastwood c’est du cinéma. Du très grand cinéma ! Du très grand cinéma qui donne à voir avec un scénario ébouriffant et une belle et solide histoire, elle se passe à la Motor City, Détroit. Le grand Clint se pose des questions sur la vie et la mort, le racisme, l’insécurité, les préjugés, l'inculture et la méconnaissance de l'Histoire, la religion, la famille ; sur des USA en déconfiture et divisés en communautés prêtes à défendre leur propriété même au prix des armes.
C'est aussi une réflexion sur un vieil homme meurtri par la guerre de Corée et des souvenirs sur "les faces de citron" qui le hantent et lui pourrissent la vie depuis. La première moitié du film ressemble à une farce grinçante et parodique où Walt Kowalski (Clint himself), dernier, des Mohicans, blanc de son quartier habité par des Asiatiques, se comporte comme le parfait raciste. Névrosé, aigri, amer, aux funérailles de sa femme, il injurie ses gosses, des quadras parvenus à l’affût d’un héritage à venir et qui roulent en japonaise. Il remballe sa petite-fille qui lorgne sur sa Gran Torino. Il vire in petto le jeune curé "encore puceau" venu toquer à sa porte pour le confesser comme promis à sa femme. Tel un bouledogue, il retrousse les babines et grogne. Sous sa véranda, le cul rivé sur sa chaise, il siffle des bières, cause seulement à sa chienne Daisy, crache son jus de chique, devient menaçant et sort son flingue dès que ses voisins mettent les pieds sur sa propriété. Et ce vieux con réactionnaire se calme en astiquant sa caisse à gueule d’enfer, une Ford Gran Torino de l'année 1972 acquise à la belle époque où il travaillait sur les chaînes de Ford et y montait des colonnes de direction de Gran Torino. Puis l'histoire bascule. Cette brute de Walt entre en relation avec ses voisins Hmong, Thao et Sue venus d’un pays aux confins du Laos, du Cambodge et du Vietnam ; ils ont soutenu les USA durant la guerre du Vietnam. Un gang veut lui piquer sa tire, sa Gran Torino. La suite...
Allez la voir ! Ou achetez le Dvd. Vous verrez un western urbain filmé à hauteur d'homme où les codes narratifs, dramaturgiques et visuels posent des questions profondes sur qu’est-ce que l’art cinématographique. Vous verrez un cinéma qui mêle désespoir et espoir. Vous verrez un très grand film tout simplement.
